Développement durable grâce à l’engagement communautaire : le cas des objectifs de développement durable

De Cielo Magno le juillet 9, 2015

Photo: ILO/Joseph Fortin, Creative Commons license

Les ressources minérales de nombreux pays en développement ont été considérées comme un capital potentiel susceptible de financer des initiatives pour un développement durable. Toutefois, l’exploitation minière dans les Philippines n’a jamais été un vecteur de développement. Au lieu de cela, les grandes sociétés minières opérant depuis des décennies n’ont contribué en rien de façon visible s’agissant de la santé budgétaire du pays. En fait, la contribution globale de l’industrie minière à l’économie représente moins d’un pour cent du PIB des Philippines. Il s’agit d’un apport négligeable au niveau national, mais on pourrait supposer que l’exploitation minière aurait au moins permis d’atténuer la pauvreté dans les régions minières. Mais les chiffres indiquent que ce n’est pas le cas non plus. L’expérience des Philippines démontre que la réduction de la pauvreté et le développement ne peuvent être laissés exclusivement entre les mains des sociétés minières.

Les industries extractives ne génèrent pas seulement de l’argent. L’extraction minérale affecte le paysage. Cela a des effets négatifs sur le tissu social des communautés d’accueil. Elle peut avoir un impact considérable sur les droits de l’homme fondamentaux. Transformer les recettes de l’exploitation minière en un développement durable exige donc la participation de tous les intervenants clés.

Au cours de la dernière décennie, nous avons travaillé à accroître la transparence et la responsabilisation des flux financiers entre le gouvernement et les sociétés extractives grâce à l’Initiative de transparence des industries extractives (ITIE). La divulgation d’informations clés sur les industries extractives dans un pays est essentielle à l’édification d’une classe de citoyens informée. Lorsque les communautés locales connaissent la teneur des paiements versés par les entreprises à leur gouvernement, elles sont dans une meilleure position pour s’assurer que l’extraction des ressources minérales contribue au développement durable, en particulier au niveau local. Aux Philippines, l’ITIE nous a fourni une base solide pour devenir des citoyens informés et nous a permis d’impliquer les secteurs étatique et privé dans la gestion de nos ressources naturelles.

Mais il faut faire plus : pour aller de l’avant, la mise en œuvre de l’initiative au niveau national devrait être complétée par une approche multipartite semblable au niveau infranational afin que les communautés directement touchées par les opérations minières puissent prendre des décisions éclairées sur le rôle des activités extractives et la façon dont elle affectera leur vie et leurs moyens de subsistance.

Une approche infranationale devrait également aller au-delà des divulgations financières nécessaires au niveau national. Elle doit fournir un espace pour aborder les questions soulevées par l’industrie extractive à l’échelon local, y compris l’impact de l’industrie extractive sur l’environnement, les droits de l’Homme et l’économie locale. Cela devrait être l’occasion de discuter de la conformité des entreprises avec les normes environnementales et de gouvernance. L’initiative infranationale peut fournir aux entreprises des possibilités de faire état de de leurs efforts d’atténuation des effets environnementaux et sociaux négatifs résultant de leurs activités, en tenant compte et en agissant en vertu de leurs lacunes sur ce point. Cela peut aussi être un moyen pour les entreprises d’indiquer ce qu’elles font pour régler les questions relatives aux droits de l’Homme. Des initiatives infranationales peuvent aider à gérer les conflits et à réduire le coût de l’extraction pour les communautés, le gouvernement et les entreprises.

Les entreprises peuvent tirer parti des entrées d’un groupe multipartite a niveau infranational en matière de responsabilité sociale des entreprises (RSE) et des dépenses sociales. La plupart du temps, les dépenses sociales des entreprises et la RSE visent souvent à l’amélioration de leur acceptabilité politique et sociale. Toutefois, ces programmes sont rarement liés aux plans locaux de développement économique des gouvernements infranationaux. En liant les dépenses sociales et la RSE aux plans de développement économique locaux, les entreprises peuvent garantir la viabilité de leurs activités, même après la fin de l’extraction. Cela garantit également que les programmes contribuent au développement local de la communauté d’accueil. Le mécanisme peut également assurer l’équité dans l’accès aux bénéfices offerts par les dépenses sociales des entreprises d’exploitation minière. Cela est particulièrement vrai dans les pays où les entreprises sont tenues d’affecter des montants spécifiques pour les dépenses sociales.

Alors que nous atteignons la date limite pour les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) et commençons à nous concentrer sur les objectifs de développement durable (ODD), nous devons bâtir sur ce que nous avons accompli jusqu’à présent pour la gouvernance de l’industrie extractive. La transparence et la reddition des comptes pour les paiements des entreprises aux gouvernements sont un bon début. S’assurer que les activités extractives ont peu d’incidences sociales négatives, contribuer à la lutte contre la pauvreté et en faveur du développement durable sont les prochaines étapes critiques pour obtenir une industrie minière favorable au développement. Cela ne sera possible que grâce à une gouvernance efficace et une participation réelle de tous les principaux intervenants, et notamment des communautés.

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