Mines et changements climatiques : quel impact de l’activité minière sur le changement climatique ?

De Martin Willaume, PCQVP France, & PCQVP Burkina Faso le décembre 18, 2015

Photo by Isuru Senevi available under a Creative Commons license

Dans le cadre de l’espace « Générations Climat » qui réunissait la société civile en marge de la COP21, une conférence a été organisée par le Burkina Faso pour aborder l’impact des mines sur le changement climatique. Le coordinateur de Publiez Ce Que Vous Payez (PCQVP) au Burkina Faso, Jonas Hien, avait fait le déplacement avec plusieurs membres de la coalition pour de mettre en évidence ce problème.

En accord avec l’approche de la chaîne de valeur adoptée par PCQVP qui vise à aller au-delà de la simple transparence des paiements, les organisations de la société civile sont attentives à toutes les étapes qui mènent de la décision d’extraire jusqu’à l’utilisation des revenus issus de cette exploitation. L’impact de l’extraction des minerais sur l’environnement ne se réduit pas aux conséquences directes sur les sources d’eau ou le territoire mais doit également prendre en compte les émissions de gaz à effets de serre (GES) générées par cette activité.

Alors que le Burkina Faso a connu une explosion récente de son secteur minier, notamment avec l’or, un rapport spécifique a été commandé par le secrétariat de l’ITIE locale pour mesurer la transparence des émissions des gaz à effet de serre produits par ces industries minières.

La première source d’émission des GES est la production d’électricité (60%) par des centrales thermiques pour les besoins en alimentation des mines, le transport routier avec des engins lourds de travaux miniers fonctionnant au diesel est la deuxième cause d’émission de GES (31%). Les autres causes d’émission sont respectivement la production du zinc et du plomb (8%) et la gestion des déchets (1%). Un des premiers constats de ce rapport est que la collecte des données a été difficile en raison du manque de transparence de ces données environnementales. Elles ne sont pas couvertes par l’ITIE directement et ne font donc pas l’objet d’une obligation de publication.

Ce rapport pointe également un manque de moyens de la part de l’Etat burkinabé qui n’est pas à même de mesurer l’impact réel de l’industrie minière. Le Bureau national des évaluations environnementales qui dépend du Ministère de l’Environnement et du Développement Durable, est l’administration chargée de suivre la mise en œuvre du plan de gestion environnemental et social des mines alors même qu’il n’a pas les capacités et les équipements nécessaires pour prendre en compte les GES. Il est essentiel d’en renforcer les capacités de ses services centraux et déconcentrés afin de permettre un suivi réel de ces émissions. Au-delà de cet inventaire des émissions de GES générées par les industries extractives, ce rapport pose la question de la contribution de ce secteur au changement climatique et de la nécessaire promotion d’actions d’économie d’énergie. Si certains pays au sein de l’ITIE ont déjà intégré la prise en compte des impacts environnementaux (par exemple le Kirghizistan, la Mongolie et lesPhilippines), cela reste aujourd’hui seulement facultatif. Dans la suite de l’accord de Paris conclu lors de la COP21 qui s’est fixé un objectif de maintenir la hausse de la température globale en dessous de 2° en visant 1,5°, l’ITIE ne peut plus ignorer la question environnementale. Étant donné le changement de la direction de l’ITIE qui a été engagé dans les négociations du changement climatique précédentes, il y a une opportunité claire pour le conseil de l’ITIE d’exiger la publication de toutes les informations sensibles en matière de protection de l’environnement (études d’impact notamment). Pour assurer que le réchauffement climatique reste en deçà des 2°, plusieurs projets extractifs devront être interrompus afin de limiter ces émissions.

C’est pourquoi ce mouvement pour la transparence doit être global et concerner également les pays d’origine des entreprises extractives comme la France, qui s’est engagée à rejoindre l’ITIE en 2013 sans pour autant entamer le processus formel d’adhésion. Après avoir accueilli la conférence des Nations Unies sur le changement climatique, la France doit être exemplaire en la matière et promouvoir la transparence totale sur les informations détaillées sur l’impact environnemental de chaque projet extractif afin de savoir si son maintien est cohérent avec l’engagement du pays de limiter à moins de 2° le changement climatique.

La prochaine conférence mondiale de l’ITIE qui sera organisée au Pérou en février 2016 doit être l’occasion d’une prise de conscience généralisée de ces enjeux environnementaux. Une ITIE réduite à la seule transparence des paiements n’est plus compatible avec les engagements pris par les 196 Etats du monde dans l’accord de Paris.