Les ONG veulent renforcer la légitimité de leur plaidoyer

Source: Secours Catholique
Date: 14 Oct 2010

La table ronde organisée le 13 octobre au Secours Catholique a montré la légitimité du plaidoyer des ONG au service de la population. Un “alter-lobbying” d’autant plus efficace que son bien-fondé est reconnu par les gouvernants.
Les organisations non gouvernementales sont-elles légitimes dans leur action de plaidoyer ou d’ “alter-lobbying” ? Telle est la question que se sont posés les participants à la table ronde organisée le 13 octobre au siège parisien du Secours Catholique. Les notions de “lobbying”, de plaidoyer, de légitimité ont abondamment nourri les débats.

« C’est la vision altruiste, le combat pour la justice, qui fondent la légitimité du plaidoyer des ONG, affirme François Soulage, président du Secours Catholique, contrairement à la défense d’intérêts commerciaux et financiers par les “lobbies” ».

La discussion était basée sur le mémoire de master 2 (Institut d’administration des entreprises de Paris 1) de Christèle Lafaye, juriste au Secours Catholique. Son étude porte précisément sur « Les fondements de la légitimité des actions de plaidoyer ».

Le “lobbying” et ses méthodes sont-ils pour autant à rejeter ? « Il s’agit toujours d’influencer les décideurs », commente Vincent David, consultant lobbying d’associations. « Les ONG ne doivent pas avoir honte des techniques utilisées par les entreprises », affirme-t-il. Ces méthodes peuvent, selon le consultant, réduire l’inégalité dans le rapport de forces entre entreprises lucratives et ONG.

Plaidoyer ou lobbying, le travail de la branche américaine de la coalition internationale Publiez ce que vous payez – Publish what you pay (PWYP) – , dont le Secours Catholique est membre, a en tout cas été efficace, rapporte Michel Roy, directeur du Plaidoyer international au Secours Catholique. PWYP a réussi à contrer l’influence des puissantes multinationales du secteur de l’extraction (mines, pétrole) au Parlement américain. « Les articles introduits en juillet par les sénateurs dans la loi américaine sur la régulation financière les obligent à publier les sommes reversées à chaque pays producteur où elles sont actives, ainsi qu’aux États-Unis », explique Grégoire Niaudet, du Secours Catholique. Les compagnies françaises Total et Areva, cotées à la bourse de New-York, sont concernées. C’est une avancée importante dans le combat des organisations caritatives pour que les populations profitent pleinement des bénéfices tirés des ressources extractives de leurs pays.

Présente à la table ronde, la directrice de la fondation France Libertés de Danielle Mitterrand, indique faire « plus de lobbying que de plaidoyer », face aux puissants acteurs privés du monde de l’eau. La fondation agit en particulier pour le droit de tous à l’accès à l’eau.

La légitimité des ONG et de leur plaidoyer est souvent contestée par les gouvernants. Les ONG sont sérieusement inquiétées par les pouvoirs publics de pays peu démocratiques quand elles touchent, par exemple, à la corruption, rappelle Grégoire Niaudet.

Les collectifs inter-associatifs – tant nationaux qu’internationaux – sont un moyen de renforcer la fragile légitimité des organisations non gouvernementales. Fondés sur une base beaucoup plus large qu’une seule association, ils sont mieux entendus par les gouvernants dans leur actions au service des populations. En France, la journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre, est la prochaine occasion d’action commune entre le Secours Catholique, ATD Quart Monde et Amnesty International France.

François Tcherkessoff

Secours Catholique